vendredi 26 mars 2010

26 mars 2010. Nous foulons aux pieds vos sciences, nous foulons aux pieds vos croyances.

L'ambivalence des sentiments m'étonnera toujours. Après une semaine des plus oniriques, à sentir ce coeur battre enfin, ce coeur vivre enfin, survient l'autre réalité. Celle du travail vain et des rêves qui sont chimères. Et peut-être suis-je suis amère ou aigrie. Mais j'observe de loin la réussite des autres. Le classement des P1 qui voient leurs rêves prendre forme. Les facs qui découvrent l'indépendance et qui s'épanouissent. Et ces autres que j'admire, qui tentent l'impossible mais qui réussiront : "L'année prochaine, je rejoins le Conservatoire de Paris". Et comme je les envie. Et comme c'est étrange - la convoitise. Je n'avais jamais ressenti ça auparavant. Mais je jalouse leur réussite, je jalouse leur bonheur. Ils m'obsèdent, tous, à me rappeler que l'autre réalité, c'est que la maths sup est décevante, qu'elle me donne le dégoût des sciences. Que ce fardeau me suit comme une vieille charogne accrochée à mes pieds : répugnante, nauséabonde, me fixant de ses yeux sans vie et de sa suffisance qui me fait comprendre qu'ils avaient raison, ceux qui ne croyaient pas en moi. Qu'elle remet en cause tout ce que j'appréciais auparavant ainsi que la voie vers laquelle je m'étais prédestinée. Que j'ai le sentiment de ne pas m'élever ; au contraire de régresser, chaque jour, à m'abrutir, à me gaver de sciences inintéressantes, à attendre sagement le prochain coup, comme un élève docile. D'avancer sans but comme un automate, de n'associer aucun rêve derrière le mot prépa : juste une cruelle lassitude et une fatigue qui finira par me perdre. D'attendre la fin, de l'attendre vraiment. Comme ces indigents que la mort viendrait délivrer -

C'est un mal pour un bien, dit-on.

dimanche 14 mars 2010

7 mars 2010. Je voudrais être une écume de mer.

Je me noie. Je crois. Je crois que je me noie, oui. L'eau s'insinue dans les poumons. Lentement. Doucement. C'est plaisant de se laisser faire. C'est plaisant même si elle fait peur, la minute d'après. Les voies s'obstruent. Tout est si flou, tout est si vague. S'enfoncer dans l'eau. Encore. Dans les abysses de la mer. Ne plus rien voir, ne plus rien sentir. Seulement les flots qui m'éteignent. Inlassablement. Les laisser boire mes mots. S'imbiber des peines. Emporter les larmes. Tout effacer. Comme si plus rien n'existait. Pas même moi -

15 février 2010. William Ernest Henley. Invictus.

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbow'd.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.



Dans la nuit qui m'environne,
Dans les ténèbres qui m'enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.

Prisonnier de ma situation,
Je ne veux pas me rebeller.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout bien que blessé.

En ce lieu d'opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu'horreur et ombres
Les années s'annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu'on m'accuse et qu'on me blâme
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme.

21 février 2010. ô Dieu, l'étrange peine...

J'ai peur. Et la honte m'accable. Tout est si paradoxal. J'aime comme je hais. Nous vivons quelque chose de différent, d'exceptionnel - les meilleures années de nos vies m'a-t-on susurré - mais de tellement oppressant que je ne désire qu'une chose : partir, tout laisser derrière moi. Le rythme de 5h par nuit. Les angoisses. Les réveils en panique à 6h48. Les sueurs froides. L'échec, peut-être, ou même sûrement. Et ce sentiment étrange de ne pas être à la hauteur. Car je crois bien que c'est ce que je tente de fuir : l'impression d'être bête, de ne pas avoir sa place en prépa, d'avoir été ridicule de penser avoir une Centrale. Certes, personne ne vous blâme à Bellevue, personne ne vous oppresse - vous vous étouffez vous-même, en réalité. Et il y a ce regard que je n'avais jamais perçu auparavant. Triste regard. J'aimerai en être anesthésiée. Car la douleur est plus vive encore. Partir ? Demander l'INSA de Toulouse en seconde année. En ICBE ? Du génie physique, peut-être. Ou du civil. Architecture à Strasbourg ? Les perspectives sont larges : celles de vivre enfin, d'apprendre avec plaisir, non sous la contrainte, d'avoir du temps, de lire vraiment, de s'impliquer dans une assoc' humanitaire, d'être un Erasmus, de rencontrer des personnes nouvelles, de s'ouvrir au monde, de retrouver les arts, le cinéma, la musique, de rire vraiment. De lever enfin fièrement la tête et ne plus baisser les yeux. Mais il y a toujours ces regards qui trahissent l'implicite : "Car un prépa ne demande pas une postbac". C'est une situation inextricable. Et la honte m'accable -

Vivre pour l'intense.

13 juin 2009. On se complait dans la tristesse. Elle est joussive.

Je regarde les gens vivre, je regarde les gens s'aimer dans une sincérité qui me bouleverse :

"Et (Je sais que tu vas trouver ça niais et débile mais...) j'ai jamais autant aimé quelqu'un comme je l'aime elle... [...] Je me sens tellement... complet, quand je suis avec elle"



Je suis restée silencieuse durant le repas, fixant la crevette rose. Tout va bien, je vais bien... Maman m'a questionnée sur Bellevue, je lui ai répondu par un murmure. Calme. Je pensais au 18 juin. Tout devrait bien se passer, tout devrait... Mais en définitive, ce n'est pas ça qui importe. Et il y a eu un évènement qui m'a abattue, dans le microcosme de mon assiette. De la sauce salade. De la sauce salade indésirable. Sur cette pauvre crevette rose. Et j'ai eu envie de pleurer. Hurler, tellement j'avais mal. Pour de la sauce salade, sur une crevette rose.


"Je ne suis pas folle, vous savez..."

Je suis seulement déçue. Tellement... Il est vrai que je ne donne pas beaucoup aux gens. Mais, je suis - ou j'aimerais tout faire pour - être une fille bien. Qui - sous le masque de la froideur et de l'ironie - m'implique dans les rares relations auxquelles je crois. Et j'ai la prétention d'espérer un retour. Mais c'est faux, tout est faux. Depuis le début. Je me suis bêtement laissée bernée. Mais ce n'est pas grave, en somme. Rien n'est grave -

5 juin 2009. Déluge d'une particule de l'Univers.

Cette sensation malsaine ne cesse de me prendre aux tripes, année après année. Il y a le passé qui ne cesse de fuir, de nous échapper ; et il y a l'avenir qui nous enserre. Nostalgie, tu es fourbe, et tellement sournoise : tu accapares nos esprits dans les moments les moins enclins à la morosité. Ceux où l'on devrait croire en nous, en notre réussite, et à toutes les potentialités qui s'offrent à nous. Mais tu nous freines, tu nous prends pour cible et nous lances tes flèches acides. Cédric me manquera, Julian, Pierre et tous ceux qui m'ont fait rire pendant l'année également : j'ai une certaine gratitude, même si le murmure de mon "Merci" n'atteindra jamais vos oreilles. La sonnerie de cette dernière semaine à Michelet me nargue, me rappelle que le soleil, la plage et les projets d'été sont illusoires. Cette joie estivale cache mal les réalités, on se détourne des vérités qui blessent. Et j'ai ce talent inné qui consiste à rattacher chaque détail à un autre, chaque perception à un vécu. Il faut alors que j'apprenne à me détacher des riens que j'apprécie tant. J'ai le cœur lourd. Parce que cette fois-ci, mélancolie, tu es particulière : tu es le signe d'un au revoir définitif, d'un changement radical. Aucun recul n'est possible, c'est un pari sur l'avenir, un pari sur nous même. Et je suis pourtant certaine de me tromper, de choisir le chemin le plus rocailleux. Pour se consoler, persuadons nous que ce sera la route la plus enrichissante qui permettra de s'élever pleinement. Mais avant tout ; il faudra se résigner à dire adieu...


Tentons d'être fiers de nous.



-

30 mai 2009. Les mots raisonnent dans ma tête. Ils me hantent. Ils me fascinent.



"
Sur ce sentiment inconnu, dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse."

Bonjour tristesse. Françoise Sagan.



Il aura fallu le lire une seconde fois pour le comprendre vraiment. La justesse et la subtilité du style me bousculent, me chargent le cœur. Et il y a dans ce livre - au delà de l'intelligence des mots - une honnêteté qui purifie le corps -

21 mai 2009. Babe' I'm your doll

Je me demande encore d'où vient ma fascination pour les poupées. Elles m'ont toujours effrayée, surtout celles en porcelaine. Mais c'est peut-être parce qu'elles sont terrifiantes la nuit, qu'elles attisent aussi ma curiosité le jour. Et c'est cette incroyable aptitude que j'envie tant : elles donnent l'illusion d'être vulnérables, mais restent totalement maîtresses de leurs âmes. Et ce sont elles - les véritables manipulatrices : elles abaissent nos barrières, nous mettent en confiance, mais se méfient de nous. Elles demeurent parfaitement insondables, presque célestes, presque solaires. Puis détachées - elles nous observent, apprennent à nous décrypter, à nous connaître à notre insu ; pour mieux se jouer de nous. Et en même temps que je les envie atrocement, elles me répugnent comme le croque-mitaine de l'enfance. Dès lors, je n'ai qu'un conseil à vous donner, mes chers amis : prenez garde... prenez garde -


Et méfiez vous des poupées.
Aussi innocentes soient-elles

17 mai 2009. I'm narrow-minded.

Ces temps-ci, j'ai souvent l'occasion d'être minable et je saisis volontiers les perches. Cet avant-goût d'amertume, de déception et de ridicule, fissure mon corps. Et la gifle laisse sa marque indélébile. Je pense que le pire est de ne pas se reconnaître dans ses paroles, de ne pas être capable de montrer sa pertinence ; de voir la scène d'en haut et de se trouver parfaitement insipide. Alors il devient si attirant, le morose. Ce que l'on croyait être des paradis n'étaient qu'artificiels. L'anesthésie ne prend pas : on ressent les entailles, on devine le tracé du scalpel, et le liquide vital se vide encore et encore. Comment arrêter le mécanisme ? En fait, la solution est claire. Et vous voyez, c'est pour cela que je hais tant les autres : ce ne sont qu'à travers leurs regards que l'on perd au jeu de l'oie -

5 mai 2009. Décidément, je me suffis à moi même.

Je perdais confiance. Je sentais l'étau, surtout le misérable. Et il m'est venu l'idée de relire certains textes cachés dans les méandres de la technologie. Comme de vieilles reliques poussiéreuses. C'était d'ailleurs l'une de mes aspirations secrètes : partir à la chasse aux trésors et capturer les souvenirs d'un tiers, partager d'une manière ou d'une autre ces petits bouts d'existence - qui disposés côte à côte - ont bâti son âme. Alors j'ai ouvert une page, puis une autre . Les miennes. Et j'ai perçu cette émotion lointaine, mais pourtant si familière, qui - dans une réaction des plus saines - a soigné mon cœur endolori. J'ai senti cette force doucereuse qui embarque, qui entraine. J'ai redécouvert cette existence gardée jalousement, ces odes à la vie, ces mots inavoués. Ainsi que les personnages qui ont pris naissance dans mon esprit, à la dérobée. Et je me souviens de chacun d'eux, dans leur individualité : d'Andreas, de Charlie, de Lazare. Alors le vide abyssal se remplit au moins d'air. Parce qu'en somme, le tiers : c'est moi -

In The Mood For Love.

8 avril 2009. True Blood

Je suis parfaitement nonchalante, imbue de ma personne et détestable. Et parce que je suis nonchalante, imbue de ma personne et détestable ; les gens peuvent légitimement être hideux et infâmes avec moi. M'insulter. Me salir. Me vilipender. "Qu'elle est laide ! Regardez son visage crevassé ! Mais brûlez cette sorcière !" Et je ne peux que les comprendre.

A leur place, j'aurais même déjà prémédité mon meurtre, celui de la répugnante créature. Liant tellement fort mes poignets par des cordes sèches et caustiques ; que mon sang se serait mêlé à elles - de manière si délicate. J'aurais ensuite versé le poison infecte et minutieusement préparé dans ma gorge. Le liquide morbide et corrosif aurait glissé sans difficulté, comme un serpent suintant, noyant mes bronches noirâtres. Puis je me serais consolée de coups brutaux et frénétiques, jusqu'à ce que je ne puisse plus résister. La tête heurtant le marbre clair, rebondissant, se fracturant. L'harmonie qui s'en dégagerait serait particulièrement poétique et émouvante. Puis j’aurais traîné la dépouille jusqu’à l’autel. Je me serais ingénieusement plantée la lame aiguisée là où elle est la plus douloureuse. Criant, hurlant, déchirant mes poumons. La symphonie des sons serait la plus pure. Le concert de la mort. Et je l'aurais remué encore et encore, ce sabre, jusqu'à lacérer entièrement ma chair. Et je me serais maculée de combustible, respirant, affamée, l'odeur de viande cuite.

Car vous le savez bien : dépourvus de quelconque sentiment humain, les monstres comme nous, ne méritons aucunement la vie. Vous avez donc la permission de m’ôter l’existence - dans une barbarie des plus méritées. Et pour dire vrai : vous le faites tellement bien ,que mon imagination ne sera jamais de taille -

21 février 2009. Always lost in the sea.

Je m'étais toujours dit que l'apocalypse pouvait être salutaire. Non, le mot est fort, mais j'entends par là, une situation totalement chaotique, dépourvue de tout sens, dans laquelle il n'y aurait plus aucun enjeu. Tout serait de suie. Les bâtiments s'embraseraient. La panique prendrait place. Le téléphone ne cesserait de sonner. Nous observerions les décombres, la vue brouillée , les joues brûlées par l'acidité des larmes. Et les modèles seraient hideuses sans maquillage. J'en ai conscience : vive les topoi. Mais, ce qui est sûr, c'est qu'il y aurait le Vous, le Moi, le commun, qui serait spectateur, contemplateur des cendres, du morbide. Il y aurait le Mal, le Fourbe, celui qui se révèle dans les situations vraies. Et il y aurait l'Homme, dans son sens le plus humain, le plus noble, qui nous rassurerait, qui nous sauverait de la confusion, du désordre. Parce qu'en définitive, il faut un chaos, un laid, pour mettre en lumière, exalter le Beau. Et peut-être bien que cet état où "la vie ne tiendrait qu'à un bout de fil" serait nécessaire pour en apprécier sa valeur. Car l'angoisse est là ; pour chacun de nous, même pour les plus enclins à être heureux. La perte de confiance en soi, c'est le mal, disais-je. Et c'est la période propice : l'avenir, l'inconnu nous opprime. Le dialogue avec les autres devient difficile et laisse place à l'incompréhension. C'est pourquoi il est si plaisant de se tracasser. Parce que se tracasser, c'est se centrer sur soi, en somme. Mais je pardonne, car tout ça est humain : les doutes, les craintes. Il faut juste (ré)apprendre à garder intact cet espoir de réussite qui luisait dans nos ventres autrefois. Et saisir le fil. De nouveau -



"Dans la mythologie grecque, Chaos est une entité primordiale d'où naît l'univers" Dixit notre ami ô combien estimé Wiki

6 décembre 2008. Oter ses yeux du microscope *

Assurément ? Les gens m'irritent. Si je pouvais les contrôler - comme des pions, comme des fous, sur un échiquier - je ferais en sorte qu'ils soient moins crédules, et imbus de leur personne. Mieux : je suis de ceux qui aimeraient piquer de leurs épingles, des poupées vaudou ; manipuler les incantations et les sorts. Vous voyez, n'est ce pas ? Se proclamer justicier et être l'instigateur du châtiment humain. A l'instar de Kira. Vouloir être plus puissant encore que cette entité nommée Dieu. Expérimenter des tortures sur les crânes flasques de ces pauvres mortels. Eradiquer le pus. Vouloir s'aventurer dans les sentiers encore inconnus des damnés. Pour tenter d'enlever ce fardeau qu'est les autres, qui empoisonne mes veines, qui noircit mon sang -

Homme, je vous Hais profondément.

23 novembre 2008. Je pleure pour Bang bang

L'heure est tardive mais le besoin d'écrire me torture encore jusqu'à me sectionner la moelle. Le quotidien machinal, mécanique - sans ce fou que je pouvais autrefois avoir en moi - me corrode le coeur. Dès lors, se couper du monde, se remplir de chicorée brûlante, pour se laisser sublimer par des rythmes - n’importe lesquelles - deviennent vitaux. Songer à un ailleurs, proche - dans lequel nous décorerions nos chez nous parisiens, dégusterions nos faux macarons au chocolat, scellerions nos rires dans un écrin de jade - est salvateur.

Mais le trop plein est douloureux. Mon âme ne résistera pas plus. Le sentiment de solitude me gagne, chaque jour un peu plus, toujours un peu plus, jusqu'à détruire le peu d'humain qu'il y avait en moi. Certaines personnes ont beau faire illusion, je ne suis qu'un faire valoir, opaque mais transparent. Je n'existe plus, je n'ai jamais existé. Oui, allez y : à votre guise, déployez vos gorges. Mais du moins, souffrons ensemble. Les pulsations parviennent à mes oreilles avec une force brutale, violente. C'est frénétique, saccadé, mais essentiel, là, à cet instant même. Je suis éreintée - tellement. Délivrez moi du mal. Comprenez ma douleur. Ecoutez mes griefs. A défaut, allons nous assoupir un peu. Moi et mon coeur de glace -

30 octobre 2008. Wanna be the girl in red ?

Les cris stridents ne s'écraseraient plus contre le verre. Les revenants échappés de leurs tombes et assoiffés de nos peurs s'entretueraient enfin pour laisser nos soirs transpirants de tranquillité. Nous aurions le mysticisme, la sensualité des démons de la Vallée des Fleurs et nous enchanterions de nos yeux diaboliques les peuples entiers de l'Himalaya. Nous plisserions encore nos paupières et nous nous abandonnerions dans les airs de Wax Tailor jusqu'à ce que les convulsions de nos corps cessent. L'hideux serait beau et intéressant, aussi ; nous porterions alors un regard neuf sur cette sphère regorgeant de laideur, de repoussant, d'abject. Et nous pourrions tout occulter - surtout - fourvoyer chaque angoisse dans les sinuosités de notre mémoire pour n'en garder que le supportable -

24 octobre 2008. It turns me on.

Je jubile. Vampirique pour cette fameuse journée à Michelet, je me rends au CIO en tant que buveuse de sang et me délecte du froid incisif ainsi que des friandises de Chambord. Qu'il est plaisant de parfaire ma connaissance des classes préparatoires, si ce n'est des facultés de médecine... J'anticipe trop, mais dans la prolepse de ma réussite, mon ego se gonfle comme un ballon de baudruche qui se remplit d'helium. C'est puéril, inexplicable, empressé, pédant mais irrévocablement jouissif - semblable à l'orgasme sexuel. Et dire que l'on m'accuse d'oisiveté, de paresse, que l'on plaint ma mère d'avoir enfanté un nourrisson aussi inutile, poisseux, nauséabond que moi. J'en ris, ô combien j'en ris, et ce rire perçant et carnassier qui enserre mes lèvres, espère mordre leur viande crue, déguster avec une lenteur calculée et orgiaque, leurs foies visqueux, leurs muscles adipeux, leurs intestins rosés et leurs reins purulents -


J'atteins dès lors mon point G.

6 octobre 2008. Mon delirium tremens.

Je suis saoule de tout. Chaque son de basse, chaque capture désuète, ou visage familier me procure une sensation des plus extatiques. Tous autant qu'ils sont, ils me grisent, comme la douce aigreur de savants cornichons de Spreewald. Mes doigts vagabondent dans tous les interstices pour y décortiquer un à un, ces fragments d'émotion. Et sur chaque parcelle, j'y accroche mes serres, enfonçant mes ongles dans leur peau blanchâtre. Mais je finis par chanceler, la main tremblante, cherchant un quelconque appui. Et je trébuche, sur chaque ramure. La bouteille de verre, vidée de sa liqueur, heurte ma poitrine. Le désir est si fort, le trouble tellement déroutant : que tout se froisse. Mes membres se crispent ; chacune des cellules de mon organisme se contracte de douleur. Le papier se déchire, l'écorce se brise. J'entends tout près la fourchette gratter l'ardoise grise. Chaque poussière de schiste s'insinue dans mes narines : elles deviennent des lames et fendent ma chair. Griffez moi. Brûlez moi. Je manque du spiritueux. Je manque de souffle, de vie, d'être. Alors mourrons d'amour. Prêchons le mal. Vendons notre âme au diable...

...Mais Existons comme jamais.

19 juin 2008. Cette nuit là, je suis morte.


Rêve drolatique, il y a quelques temps. Les images se bousculaient comme un puzzle désarticulé. Une partie de poker. Un chien - comme je ne les aime pas : féroce et effrayant, et qui ressemblait plus à un loup d'ailleurs. Une course épuisante. Un amuse-gueule pour l'animal. Et ainsi naquit la mort - comme dirait l'autre.
C'est étrange. Il y a le mauvais écho du regret parvient tout d'abord. Tout ce que nous n'avons pas dit, tout ce que nous n'avons pas fait. Avant que cette vie hâtive ne s'arrache à nous. Alors qu'on le voulait tant. Mais que l'on contenait, dans nos corps fébriles. Ca a duré un temps. Un temps bref.

Puis, on, découvre une autre réalité. Comme si l'on touchait du doigt ce qu'on appelle Liberté. Pas la liberté triviale, non. Pas celle que n'est que factice. Mais une liberté qui vous submerge de partout. De vos entrailles. Vous le sentez dans votre corps entier. Surtout à l'intérieur de votre poitrine. Avec cette impression d'être aérien. C'est peut-être ça, Hand of God. Puis, vous le sentez dans vos pensées, vous vous affranchissez, vous vous émancipez. Vous ne sentez plus les contraintes de la physique ni celles de la morale. Qu'il était beau, ce rêve...


J'espère néanmoins qu'il en aura été de même pour toi...

27 mars 2008. Building castles in the sky...

5 heures du matin. Un appel téléphonique du Cambodge. J'entends des voix lointaines, presque des murmures. Ma mère est ailleurs, le paternel semble inquiet, l'air grave - ce qui n'est réellement pas habituel. Je demande ce qu'il se trame. Dans toute cette agitation nocturne, je ne comprends que "grand père". Alors je m'obstine à savoir.

Puis il y a comme cet écho du coeur, qui ne cesse d'accélérer et de tambouriner contre votre poitrine. Boum. "Comment ça, plus rien à faire ?" - j'ai répété. Je n'ai pas compris tout de suite, non. Et tout commence à s'embrouiller dans votre esprit. Et les interrogations. Et ce coeur qui pèse, qui pèse... "Il faut que ton père et ta tante partent" me dit-on. Déconnectée, j'hoche la tête.

A 7h30, le paternel m'emmène au lycée. Tout au long du trajet, un mutisme qui en disait long.

A 16 heures, j'appelle discrètement les parents ; ils sont déjà dans une agence de voyage. Tout s'enchaîne rapidement, tata et sa famille arrivent ce soir, l'argent va être débloqué, on prépare les valises, mais l'achat des billets pose problème. Mes parents ne cessent de répéter que c'est urgent. Alors quoi qu'il en soit, ils partent ce soir à Paris et décollent demain. Les appels se multiplient.

J'ai besoin d'extérioriser ça. Mais je ne pleure pas - alors que pour des broutilles, les larmes viennent si facilement - je ne peux que l'écrire, en réalité. Et dire que la seule fois où je suis allée au Cambodge, j'ai laissé l'image d'une petite fille absente et laconique.

Alors que dès que je pense à lui, je songe à un homme qui vous offrait ses plus beaux sourires, qui inspirait tant de bonté, tant de sagesse, tant d'honnêteté, et je revois encore ses yeux vivants et rieurs, malgré la toux, malgré les os saillants, malgré son corps frêle. Et je me suis surprise à penser "Quand j'aurai ma prime d'ingé, je reviendrai pour vous revoir. Tous. Surtout toi, Papi"

J'ai vraiment été conne.


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J'ai fini par m'effondrer. Et dire qu'ils ne sont pas arrivés à temps pour son dernier souffle. C'était trop brutal. En 2 appels, il n'était plus là.

Joyeux anniversaire, darling...

16 mars 2008. Sometimes I feel like I don't have a partner.

Les réveils en sursaut, chaque matin. La théière qui siffle. L'impression de manquer d'air. La main s'appuyant contre la poitrine, tremblante, cherchant à apaiser la douleur. Les battements - toujours plus vifs. Les couleurs qui s'entrechoquent. La peau humide. Les yeux globuleux, charbonneux. La chevelure qui devient foin. Les ongles qui deviennent serres - griffantes. C'est dense, c'est accablant. L'absence, l'envie, l'appréhension, l'attente, la fuite, le Spleen, les regrets, l'incompréhension, la pluie battante, le temps perdu, l'incertitude, le vide, le vide humain. Et le souffle -