L'ambivalence des sentiments m'étonnera toujours. Après une semaine des plus oniriques, à sentir ce coeur battre enfin, ce coeur vivre enfin, survient l'autre réalité. Celle du travail vain et des rêves qui sont chimères. Et peut-être suis-je suis amère ou aigrie. Mais j'observe de loin la réussite des autres. Le classement des P1 qui voient leurs rêves prendre forme. Les facs qui découvrent l'indépendance et qui s'épanouissent. Et ces autres que j'admire, qui tentent l'impossible mais qui réussiront : "L'année prochaine, je rejoins le Conservatoire de Paris". Et comme je les envie. Et comme c'est étrange - la convoitise. Je n'avais jamais ressenti ça auparavant. Mais je jalouse leur réussite, je jalouse leur bonheur. Ils m'obsèdent, tous, à me rappeler que l'autre réalité, c'est que la maths sup est décevante, qu'elle me donne le dégoût des sciences. Que ce fardeau me suit comme une vieille charogne accrochée à mes pieds : répugnante, nauséabonde, me fixant de ses yeux sans vie et de sa suffisance qui me fait comprendre qu'ils avaient raison, ceux qui ne croyaient pas en moi. Qu'elle remet en cause tout ce que j'appréciais auparavant ainsi que la voie vers laquelle je m'étais prédestinée. Que j'ai le sentiment de ne pas m'élever ; au contraire de régresser, chaque jour, à m'abrutir, à me gaver de sciences inintéressantes, à attendre sagement le prochain coup, comme un élève docile. D'avancer sans but comme un automate, de n'associer aucun rêve derrière le mot prépa : juste une cruelle lassitude et une fatigue qui finira par me perdre. D'attendre la fin, de l'attendre vraiment. Comme ces indigents que la mort viendrait délivrer -C'est un mal pour un bien, dit-on.
















