__Longtemps, très longtemps, j'ai pensé les mots, réfléchi, tourné les idées dans un sens, puis dans un autre... Blâmé cette solitude, pourtant seule compagne fidèle des premiers et des derniers instants. Longtemps, j'ai haï les autres. Mais en fin de compte, tout se résume à une seule et unique idée : la non-réciprocité. Dans tout. En amour, en amitié, comme dans les services rendus. Dans les relations humaines, dans les relations professionnelles. Mais je crois que c'est surtout quand il s'agit d'amitié, que cette non-réciprocité est difficile à ingurgiter. Porter les autres, les encourager, quand ceux-ci nous laissent de côté à la moindre occasion. Qu'ils écrasent notre visage contre le caniveau crasseux, du haut de leurs talons aiguilles et qu'ils vous brûlent de leur cigarette tout juste allumée. La chair est mangeable*, il disait. Et les cannibales qui vous dévorent, ceux qui vous touchent au plus près, qui vous dérobent votre corps mais aussi votre souffle de vie, ne sont autres que ces amis dont vous vous évertuez à sauver l'âme, de toutes les manières qu'elles soient.
Non, je ne déteste pas les autres, j'abhorre seulement la non-réciprocité.
