__Deux mois maintenant que j'ai quitté Madrid et ses folles expériences... Comment rendre avec des mots ce semestre qui a fini par changer ma manière de voir le monde ? Par changer ma manière de voir chacun des humains qui le peuplent ? Ce fourmillement d'hommes, de femmes qui vivent, et dont une partie peut vous bouleverser pour toujours. La découverte. L'ouverture d'esprit. Le sentiment de s'affirmer en tant que personne. Expérimenter. Rompre ces barrières qui vous séparent des autres. Créer le lien, l'échange. Partager des expériences. Etre plus spontanée. Ou pas, mais l'assumer. Etre bouleversée par ces rencontres insensées. Apprécier l'Europe dans sa diversité, le monde dans sa diversité. Et exploser de ce trop plein d'amour, de moments uniques et internationaux qui jalonnent toute sphère Erasmus. J'ai le sentiment de plus me reconnaître dans ce pays d'adoption que dans mon propre pays. De mieux connaître les recoins de Madrid que ceux de la ville rose. Malasana. Sol. Huertas. "La calle de Joy". Chueca. La première fois que je suis revenue en France pour un week-end, j'ai pleuré en entendant de nouveau du français. L'oreille trop habituée à la suavité de la langue espagnole. La France et ses français trop prétentieux m'ont exécré, écœuré.
Revenir définitivement ici, c'est se heurter de nouveau à la réalité, à la vraie vie, c'est éclater cette bulle dans laquelle on s'était isolés pendant quelques mois. Se heurter aux tueries, au Toulouse qui pleure. Qui finissent par percer définitivement ce cocon, toucher vos défenses. Ebranler les perspectives que vous aviez, l'espoir que vous aviez en revenant. C'est regarder en face ce que vous aviez laissé en partant et regretter ces quelques mois où tout était désordre mais avait un sens. Où vous vous sentiez acceptée, appréciée. L'Europe, le Mexique, l'Egypte, le Liban, Cuba, l'Argentine, le New Jersey, le Venezuela, le Perou, la Colombie... J'avais tellement d'espoir en revenant en France. Revenir avec des expériences que j'aurais aimé partager avec mes amis... Mais la dure réalité est aussi qu'ils n'en ont rien à faire. Chacun mène sa vie. Vous envie ou vous oublie. Mais rares sont ceux qui vous considèrent autant que ces gens que vous avez rencontré à Madrid. Ville qui vous a fait bâtir des amitiés plus solides en 6 mois qu'en des années d'amitiés. .
Je m'étais préparé à cette dépression post-Erasmus dont j'avais tant entendu parler. Il n'en était rien au début. Madrid m'a manqué à la première seconde où je l'ai quitté, mais l'euphorie et l'excitation de revenir étaient plus fortes. J'ai commencé quelque chose de bien avec quelqu'un qui me troublait déjà le cœur avant Madrid. Une attirance inexplicable, que je n'avais jamais ressentie auparavant, et une réciprocité que je n'aurais jamais cru possible. Je crois n'avoir jamais eu autant de raisons d'être bien dans ma peau, d'être heureuse mais je commence à le sentir en ce moment : j'ai la nostalgie et le mal de Madrid. Et je suis totalement perdue dans ce monde qui ne semble étrangement plus le mien à présent. When you feel like a foreigner in your own town. Douce folie madrilène, souvenirs jubilatoires des rencontres exceptionnelles... J'attends maintenant. J'attends ce qui pourra me procurer autant d'exaltation. Petits maux d'une Post-Erasmus depression.
Os echo de menos...

