Tellement de temps que je n'ai pas écrit. Les préoccupations d'adulte
sont toujours autant chronophages et vont toujours aussi vite. Ce soir,
c'est un rare et bref soir de fin d'été que je vole au temps, que je
vole avec un petit sourire en coin. Il est bon de retrouver sa bulle, de
se remémorer qu'il y avait un coin dans lequel on pouvait se couper du
monde oppressant et se décharger sur un espace de liberté, cet espace
gardé jalousement, ce lieu rassurant de son soi d'enfant. En relisant
mes mots d'avant, je me rends compte qu'ils étaient souvent profondément
sombres, comme si jamais je ne remonterai la pente. Écrits sur le coup
de la colère, souvent sur celui du désespoir. Ils raisonnaient comme
vrais à l'époque, mais l'erreur est humaine. Ma perception faussée des
choses également. Aujourd'hui, rien n'est parfait, tout pourrait aller
mieux. Mais on s'y fait, on prend de la hauteur, on gagne en
détachement. On s'autorise à sourire devant un sourire. On ne fait pas
de plans sur la comète, on accepte l'échec, on avance avec. On avance,
avec ou sans les autres. On est malheureux ou heureux à cet instant t,
qu'importe si c'est éphémère. On se gonfle d'émotions. On retrouve sa
sensibilité aux choses, on pleure sur une musique, on souhaite bonne
chance à ceux qui nous ont fait souffrir mais qu'on aime quand même, on
rencontre de belles personnes, de vraies belles personnes. On se charge
d'amitiés vraies. On pardonne. On donne, on reçoit, on s'équilibre. On
arrête de lutter contre le monde, à chercher à être malheureux pour se
sentir vivre. On ne se flagelle plus pour ce que l'on n'a pas fait, mais
on se félicite pour ce qu'on a accompli. On avance. J'avance.
